2 mars, 2018
Président Trumka,
Je suis certain que vous avez suivi d’aussi près que moi les divers conflits commerciaux initiés par le gouvernement des États-Unis contre le Canada au courant de la dernière année. Je pense que nous partageons tous les deux l’opinion que le système commercial mondial a besoin d’une profonde réforme, et que les règles commerciales, y compris l’ALENA, ont nui aux travailleuses et travailleurs de tous les pays. Ces dernières décennies, c’est notre mouvement qui a constamment mis en lumière les répercussions négatives des mauvais accords commerciaux. Aujourd’hui, une opportunité indéniable se présente devant nous pour changer d’approche quant au « libre-échange », et imaginer quelque chose de mieux pour les travailleuses et travailleurs et qui soit ancré dans notre solidarité commune.
Ce serait un euphémisme de dire que j’ai été déçu de vos commentaires au sujet de la décision du président Trump d’imposer de nouveaux tarifs douaniers sur les importations d’acier (25 %) et d’aluminium (10 %) fabriqués au Canada.
Nos pays ont une longue histoire de commerce mutuellement avantageux et de coopération économique. Laisser entendre que les importations d’acier et d’aluminium devraient être pénalisées sous le couvert d’une menace à la sécurité nationale est, très franchement, risible. Pour justifier cette décision comme moyen d’uniformiser les règles du jeu avec la Chine, en dépit du fait que cela affecte le Canada plus négativement que tout autre pays au monde, est irresponsable. Vous devez comprendre que cette décision aura des répercussions désastreuses pour des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs partout au Canada et dans la province du Québec.
En vos propres mots, vous avez qualifié la décision du président de « première étape importante pour remédier aux tricheries commerciales ». Vous avez suggéré que la FAT-COI va « continuer de travailler avec l’administration sur la reformulation des règles commerciales à l’avantage des travailleuses et travailleurs ». Vous n’avez fait aucune allusion dans votre déclaration à la relation unique qui existe entre nos pays, à nos intérêts communs en matière de commerce équitable. Vous n’avez fait aucune mention du fait que les propres affiliés de la FAT-COI représentent des centaines de milliers de Canadiennes et Canadiens, ce qui en dit long sur le mépris que votre fédération a affiché à l’endroit de notre pays et de ses travailleuses et travailleurs, ce qui est tout aussi insultant. Vous avez omis de reconnaître qu’il ne s’agit là que d’une autre décision commerciale des États-Unis parmi une série d’autres qui se sont attaquée directement aux travailleuses et travailleurs canadiens, notamment dans les secteurs du bois d’oeuvre résineux, de l’aérospatiale, du papier journal, du papier surcalendré et d’autres encore.
De prendre la parole en solidarité avec un président qui a lui-même fait la preuve qu’il ne méritait pas l’appui du mouvement syndical progressiste, plutôt qu'avec vos collègues travailleuses et travailleurs au Canada, est profondément préoccupant. Alors que les travailleuses et travailleurs canadiens se préparent maintenant à une autre série de pénalités commerciales injustifiées, initiées par votre gouvernement, je vous exhorte à clarifier immédiatement vos commentaires publics dans cette affaire et à prendre des mesures pour vous assurer que les travailleuses et travailleurs canadiens ne soient pas punis injustement par cette décision.
Il me fera plaisir de discuter plus longuement de cette affaire avec vous.
Sincères salutations,
Jerry Dias Président National