Le 24 octobre 2017
Mme Aung Sang Suu Kyi
Objet : retrait du prix Nelson Mandela
C'est avec une immense tristesse que je vous écris à titre de président du syndicat canadien Unifor (anciennement connu sous le nom des Travailleurs canadiens de l’automobile – TCA et du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier – SCEP). En 2000, notre syndicat était honoré de vous choisir comme première récipiendaire du plus grand prix honorifique humanitaire, le prix Nelson Mandela. Ce prix est conféré aux personnes qui luttent pour l’avancement des droits de la personne avec un profond courage et une grande détermination. En vous choisissant comme récipiendaire, le syndicat a reconnu l’ampleur de votre combat pour l’indépendance démocratique du Myanmar, votre courage extraordinaire et vos réalisations exceptionnelles pour le progrès des droits de la personne et de la justice sociale au Myanmar par des moyens non-violents, et votre engagement à mettre fin à l’iniquité des travailleuses et travailleurs.
Or, 17 ans plus tard, une crise humaine qui ne cesse de prendre de l’ampleur est à vos portes et une réponse courageuse est encore nécessaire. Les actions recensées de l’armée du Myanmar font état de violences à grande échelle, d’agressions sexuelles comme armes de guerre contre les femmes et le meurtre de milliers de Rohingyas. Un exode massif de réfugiés rohingyas a fui le nord de l’État du Rakhine et traversé la frontière du Bangladesh. Cette migration forcée a provoqué d’innombrables décès et des souffrances extrêmes aux personnes ayant survécu à ce trajet difficile. La présence de centaines de milliers de personnes déplacées affaiblit les ressources au-delà de ce qu’elles peuvent porter.
Toutes les régions géopolitiques revêtent des complexités historiques, contemporaines, sociales et institutionnelles. Ce qui distingue les leaders de ces régions, notamment dans les moments les plus difficiles, est leur capacité à assumer une responsabilité de base pour diriger avec courage, avec compassion et, surtout, avec humanité.
Le silence devant des souffrances aussi massives, le refus de dénoncer les actions de l’armée lorsque confrontée aux atrocités et le manque de volonté d’intervenir pour protéger la vie des Rohingyas ne correspond pas au leadership auquel le monde s’attend et accepte de la part d’une leader des droits de la personne. Le nettoyage ethnique doit toujours être clairement et fermement condamné.
Devant cette situation horrible, nous devons vous aviser avec regret qu’Unifor a décidé de retirer le prix Nelson Mandela qu’il vous avait remis.
Le passé ne peut être effacé, mais l’avenir peut être bâti. Le monde entier attend votre réponse, l’humanité a besoin de vous.
Sincères salutations,
Jerry Dias
Président Nationale